L’Université du Péloponnèse et le Cooperative Institute for Transnational Studies (CITS) organisent conjointement la première Conférence internationale du mouvement Teachers’ Solidarity qui aura lieu du 7 au 10 juillet 2020. La conférence vise à réunir en un même lieu les partenaires de l’éducation et les chercheurs universitaires d’horizons divers et de partout sur la planète afin d’échanger sur les enjeux et les stratégies qui permettent de sauvegarder l’accès à une éducation publique de qualité et les conditions de travail des personnels de l’éducation. Pour plus d’informations, nous vous invitons à consulter le lien suivant : http://www.coop-its.org/1st-teachers-international-conference/


Depuis quelques décennies déjà, les personnels scolaires et les étudiant.es développent une variété de formes de résistance aux attaques contre les principes et les valeurs sur lesquels sont fondés les systèmes d’éducation publique. Les étudiant.es et les personnels scolaires tentent, de plusieurs manières, de conscientiser les populations aux conséquences de la prise de contrôle de l’éducation par les intérêts privés et corporatistes. Partout sur la planète on assiste à de vastes mobilisations populaires et syndicales, des mouvements de contestation, des pétitions, des recours aux tribunaux, des prises de parole publiques et des interventions médiatiques en faveur d’une école publique inclusive et porteuse des valeurs démocratiques.

Que l’on parle des pays économiquement avancés ou encore des pays en voie de développement, les personnels scolaires mènent partout le même combat : la défense et la promotion d’une éducation publique de qualité. Les personnels et les organisations syndicales font face aux mêmes adversaires qui cherchent à prendre le contrôle de l’éducation publique et à y imposer des compressions budgétaires et des privatisations. Puisque l’offensive est globale, les réponses se doivent elles aussi d’être globales. Paulo Freire soulignait à ce propos que «the challenge that we now face is to find ways to imagine possibilities to escape the fatalistic and restrictive force on us, while accepting the there is a duty, for example, to never, under any circumstances, accept or encourage fatalist positions».

C’est dans cet esprit que l’Université du Péloponnèse et le Cooperative Institute for Transnational Studies (CITS) invitent toutes et tous, artisan. Es et citoyens-usagers, préoccupés par le sort que l’on réserve à l’éducation, à la 1e Conférence Internationale de Solidarité en Éducation, laquelle aura lieu du 7 au 10 juillet 2020. L’objectif de cette conférence internationale est de rassembler dans un même lieu les intervenant.es, les chercheurs, les travailleuses et travailleurs de l’éducation, les citoyens engagés et les organisations de tous les horizons et de tous les coins de la Terre. Cette conférence sera l’occasion d’échanges et d’apprentissages à partir d’expériences vécues aux quatre coins du globe. Elle permettra également de solidifier les liens de solidarité internationale dans la lutte pour défendre et faire progresser l’éducation publique.

Aux quatre coins du globe, les personnels scolaires et, dans plusieurs cas, les citoyens-usagers sont engagés dans de vastes mouvements de grèves et de contestations inédits et sans précédent (London, E. 2019). En Amérique latine, la résistance est particulièrement forte alors que plus de 1 million d’enseignantes et enseignants ont débrayé pendant une période de 72 heures afin de contester les politiques de privatisation du président Mauricio Macri. Au Brésil, les personnels scolaires en grève se voient nier le droit à leur salaire et à leur régime de retraite. Le gouvernement brésilien n’hésite pas à recourir à des briseurs de grève afin de mater le mouvement de contestation populaire. En Colombie, les personnels enseignants se dressent devant le gouvernement de Ivan Duqué qui implante sans consultation les recommandations du Fonds monétaire international et sabre le financement public des services d’éducation, du transport scolaire et des soins de santé de base qui sont offerts par les écoles publiques. Pendant ce temps, les écoles et les universités privées connaissent une croissance fulgurante alimentée par le financement de la Banque Mondiale.

Sur le continent africain, un constat similaire s’impose. Au Maroc, les enseignant.es maintiennent un mouvement de grève depuis maintenant trois semaines tandis qu’au Mali le mouvement de grève menace l’année scolaire. Au Kenya, plus de 180 000 enseignant.es ont confié un mandat de grève à leurs syndicats alors que la Côte-d’Ivoire est le théâtre d’un mouvement de résistance sans précédent dans lequel les personnels scolaires s’opposent également aux politiques promulguées par le syndicat national.

En Europe, la résistance s’organise également. À Dublin, les enseignat.es ont confié un mandat de grève à leur syndicat. En Pologne, le personnel scolaire s’apprête également à joindre un mouvement de grève générale. Au Pays-Bas, les enseignant.es des écoles primaires, des écoles secondaires et les chargés de cours universitaires joignent leurs forces dans un autre mouvement de grève nationale et de revendications pour un meilleur financement de l’éducation publique.

L’Amérique du Nord n’échappe pas non plus à cette vague de contestation et de mobilisation des personnels scolaires. Les États-Unis d’Amérique sont le théâtre de plusieurs mouvements de grèves et dans le cas de Los Angeles, où les enseignant.es ont obtenu une victoire qualifiée de historique, Lois Weiner affirme que «The victory of Los Angeles teachers and their union, United Teachers of Los Angeles (UTLA), won their contract fight with Los Angles Unified School Distict (LAUSD) has the potential to change the world, as the Chicago Teachers Union did in its landmark 2012 strike» (Weiner, 2019). Les personnels scolaires réclament des augmentations salariales et des améliorations aux conditions d’enseignement dans les états du Mississippi, de la Louisiane, du Maine, du Nevada, du Dakota du Nord, de l’Arkansas, du Delaware, de la Géorgie et du Nouveau Mexique (Phillips, 2019).  Au Canada, plus de 100 000 enseignant.es de la province de l’Ontario ont débrayé en opposition aux compressions budgétaires annoncées par le gouvernement provincial (O’Neil, 2019). Au Québec, les personnels scolaires et leurs fédérations syndicales ont mené la charge contre les compressions budgétaires et les politiques d’austérité lors des négociations collectives de 2014 et 2015 (Grenier et Jalette, 2016). Elles poursuivent et approfondissent actuellement des actions de visibilité et la formation d’alliances avec les citoyens-usagers en préparation de la prochaine négociation en 2020.

Comme l’affirment Compton et Weiner (2008), «Teachers unions are grappling with the increasing privatization of education services, the introduction of business `quality control` measures into education, and the requirement that education produce the kind of minimally trained and flexible workforce that private corporations require to maximize their profits». La lutte est ouverte pour l’âme et les valeurs qui animent nos réseaux d’éducation publique. Dans ce combat, les organisations syndicales jouent un rôle central et stratégique pour le rehaussement des capacités de résistance des personnels et de leurs alliés. Les organisations syndicales développent des ressources collectives qui permettent aux personnels scolaires de résister aux stratégies et aux politiques managériales d’exploitation et de contrôle du travail.

Ainsi, loin de prétendre à une marche inéluctable vers un modèle néolibéral dans lequel l’éducation est instrumentalisée au service du capital, cette conférence met de l’avant la possibilité pour les acteurs d’infléchir la trajectoire historique à la faveur d’un projet de société inclusif et démocratique. Paulo Freire (2011) mentionne que «the future is seen not as inexorable but as something that is constructed by people engaged together in life, in history. Its knowledge that sees history as possibility and not as already determined. The world is not finished. It is always the process of becoming».

C’est sous l’inspiration de cette citation que nous vous invitons à vous joindre à nous lors de cette conférence internationale du 7 au 10 juillet 2020 à l’Université du Péloponnèse, Grèce, où seront réunis chercheurs, intervenants, syndicalistes et militant.es de tous horizons. Nous souhaitons des échanges fructueux et espérons établir des réseaux entre les acteurs qui partagent une même préoccupation pour une éducation publique de qualité et des conditions de travail décentes pour les intervenant.es du monde de l’éducation.

Pour plus d’informations concernant cette conférence internationale, les soumissions et l’hébergement consultez le lien suivant :  http://www.coop-its.org/1st-teachers-international-conference/

Traduction par Francine Jacques, Jean-Noël Grenier, Université Laval, Québec, Canada

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